NORMES COMPTABLES INTERNATIONALES
NEO COLONIALISME OU INSTRUMENT DE DEVELOPPEMENT
par Moussa MARA
Les normes comptables internationales sont des standards conçus pour faciliter la compréhension mutuelle dans le domaine comptable et financier et donc servir de support à la circulation de l’information financière et comptable. Elles ont été conçues pour faciliter les rapports entre les acteurs économiques notamment les entrepreneurs et leurs financiers. Elles accompagnent donc la globalisation économique.
Les normes comptables ont eu un essor important dans les zones économiques ouvertes, sous l’égide des grandes entreprises et des bourses de valeurs.
Ceci permet donc de penser que ces normes répondent surtout à une préoccupation d’essor des affaires, de croissance des entreprises (plus de capitaux, plus d’investissements, plus de partenaires et plus de profit) dans un marché qu’elles voudraient global et mondial. En prenant les normes comptables actuelles, rien qu’en lisant leur intitulé, on se rend compte de leur inclinaison : publicité des méthodes comptables, présentation des résultats, opérations en monnaie étrangère, consolidation, instruments financiers, résultat par action…Sans commentaire.
Alors pourquoi parler des rapports entre les normes comptables internationales et le développement ?
A priori, il n’y en a pas !
Le développement est synonyme d’un état qui permettrait à un pays de satisfaire les besoins de ses populations ; un état qui favoriserait la maîtrise de l’eau, l’accès aux soins de santé, la génération de revenu, l’éducation pour tous…Toute chose à plusieurs années lumières des salons cossus des bourses de valeurs ou des salles de réunions équipées multi média des grandes entreprises ou vidéo conférences et net meeting rivalisent de prouesses.
Dans les pays en développement, la priorité est partout sauf dans le domaine de la comptabilité parce que pour compter il faut avoir et on n’en a pas. Alors les normes comptables internationales ?
- Les pays en développement n’ont généralement pas de bourses de valeurs pouvant utiliser les normes comptables et les soutenir (la BRVM a 10 millions de FCFA de transaction quotidienne contre plusieurs milliers de milliards en France)
- Les pays en développement n’ont pas de grande entreprise multinationale susceptible d’utiliser les normes (la plus grande entreprise Africaine fait un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euro et c’est une entreprise publique qui raffine et distribue le pétrole)
- Les pays en développement n’ont pas d’économie diversifiée qui favoriserait l’essor des normes comptables de manière générale et des normes internationales en particulier : la plupart de ces pays présente une économie avec la forte présence de l’Etat et de certains monopoles privés doté d’un actionnariat restreint, une économie de rente avec peu d’industrie,
Il ressort de tout ce qui précède que le développement n’a pas besoin des normes comptables internationales et ces normes sont encore moins des instruments de ce développement. Ces deux notions sont comme étrangères l’une à l’autre. Dans ce contexte, on ne peut même pas parler de néocolonialisme car ce mot sous entend un contact, une confrontation et finalement un asservissement.
Les normes internationales ? Nous les ignorons !
Mais la comptabilité, nous la considérons comme un véritable outil de développement. Quand elle intègre les enjeux réels de ce combat.
Des normes comptables adaptées aux petites entreprises rurales permettant aux paysans de situer leurs activités, d’avoir accès au micro crédit, de mesurer leur performance
Des normes comptables adaptées aux projets de développement permettant de rassurer les bailleurs de fonds, de mesurer l’efficacité de leurs actions
Des normes comptables adaptées aux hôpitaux dont ceux de campagne facilitant la mesure de leur rentabilité et de suivre leurs interventions
Des normes comptables sectorielles (micro finance, agriculture, mines, pétrole, collectivités territoriales…) facilitant la compréhension des activités des opérateurs de ce secteur et leur permettant de communiquer de manière efficiente avec leurs partenaires.
Une croissance équilibrée avec une économie qui progresse et se diversifie à partir des moyens propres de chaque pays soutenue par des techniques comptables adaptées aux réalités. On pourra en ce moment parler de comptabilité au service du développement.
Moussa MARA - Juin 2004
mara@diarrasec.com